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Les racines

Mis à jour : 5 juin 2018

Certains matins elle se réveillait alertée, furieuse, pleine d'un ressentiment serré et profond, qui visait à la racine même des choses.

Car c'est là qu'elle se trouvait piégée, au sortir d'une nuit de rêves épais, prise dans les racines, discutant les sens de toute vie dans le brouillard serré et profond des branches souterraines d'un grand arbre de la bienveillance duquel elle n'avait pourtant jamais douté, avant.

Elle demandait de l'air. L'arbre lui opposait son foutu mutisme d'arbre - ils ne savent pas parler. Elle se battait contre les racines, tous ses visages se fondaient dans la terre épaisse.

Oh mon arbre, pourquoi me tiens-tu serrée là, dans ta ramée de sous la terre, ce n'est pas ma place. Je ne suis pas un ver de terre, je ne suis pas une taupe, je te dis que ce n'est pas ma place. Je suis pour là-haut. Prends-moi dans tes branches d'en haut. Je voudrais dormir allongée sur ta branche, en haut, le ventre contre la branche, les jambes enlacées à toi, te serrer de mes bras, ma joue pressée contre l'écorce, je ne demanderai plus rien, je resterai là comme une partie de toi-même, comme une qui a enfin trouvé sa place et qui n'a plus besoin d'être elle-même, je vivrai de toi et je me donnerai à toi pour toujours. Ton parasite, et un de tes innombrables coeurs battants. 

Mais le grand arbre muet la tenait serrée dans l'immobilité radicale de sa ramure sous-terraine et tout en haut secouant ses lourdes branches dans le vent, sous le vol hasardeux de minuscules bêtes à plumes, celles qui jamais n'ont revendiqué la moindre place dans le monde et de ce fait ont reçu en partage, sans conteste, la meilleure.


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2018 par Sarah HIrschmuller